

Après Lincoln, Steven Spielberg s’apprête à réaliser un film apocalyptique dans lequel les robots se soulèvent contre les humains : Robopocalypse. Ce génie a confié à Madrid qu’il travaillait au scénario, tiré du best-seller du même titre écrit par un roboticien américain, Daniel H. Wilson, docteur de l’institut de robotique de Carnegie Mellon, à Pittsburgh (Pennsylvanie). Je n’ai pas encore eu le temps de le lire, mais je vous parie ce que vous voulez que l’intrigue transgresse les trois lois de la robotique inventées par l’un de mes maîtres, Isaac Asimov. Les voici :
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Un robot ne peut porter atteinte à un être humain ni, restant passif, permettre qu’un être humain soit exposé au danger.
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Un robot doit obéir aux ordres qui lui sont donnés par un être humain, sauf si de tels ordres entrent en conflit avec la première loi.
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Un robot doit protéger son existence tant que cette protection n’entre pas en conflit avec la première ou la deuxième loi.
Bon. Amateur de science-fiction et de cinéma, avec, enfouie dans ma mémoire, la crainte qu’à l’avenir les robots acquièrent une conscience et nous exterminent, j’ai été formidablement déçu lorsque je me suis rendu avec une équipe de RTVE à l’institut Carnegie Mellon, vers 2000, pour tourner un épisode sur la robotique pour la série 2.Mil.
Ce fut un désastre, un vrai bric-à-brac. La fameuse voiture autonome censée se conduire toute seule avait un type derrière elle qui courait à toutes jambes en la pilotant par un câble. Le célèbre robot Xavier, un cylindre qui se faufilait dans les bureaux en racontant des histoires grivoises, tombait en panne de batterie au bout de vingt minutes. Et l’infirmière robotique Florence, censée être un prototype d’assistance aux personnes âgées, était la chose la plus maladroite que j’aie vue de ma vie : il a fallu un mal de chien pour la programmer afin qu’elle vienne à notre rencontre et nous salue.
Bref, ce voyage fut une plongée dans la préhistoire de la robotique. Nous avons parlé avec Hans Moravec, un visionnaire qui nous a captivés avec son calendrier selon lequel les robots deviendraient progressivement plus intelligents. Il nous assurait que d’ici moins de quarante ans, grâce à la vitesse de l’informatique, les robots auraient des esprits équivalents à ceux des humains et que, passé ce délai, nous aurions affaire à un robot qui accumulerait bien plus d’intelligence que toute l’humanité. Ils sont nos descendants, et Moravec n’a pas hésité à affirmer devant nos caméras que « l’heure est venue pour nous de partir ». Eh bien, dix ans plus tard, Moravec a fondé une entreprise qui conçoit des robots industriels de manutention, équipés d’un laser, capables de reconnaître leur chemin en suivant des itinéraires préalablement programmés dans les entrepôts. C’est une belle réussite mais, avec tout mon respect, assez peu excitante.
Le cinéma a anticipé toute cette révolution. Dans Planète interdite, Robby était un robot capable de fabriquer n’importe quoi – y compris des bouteilles de whisky pour astronautes portés sur la boisson – et programmé pour ne pas tirer sur les humains : la mascotte idéale d’Asimov. Mais à partir des années cinquante, les robots sont devenus beaucoup plus sinistres, plus remontés. Dans The Creation of the Humanoids, en 1964, le héros découvre à la fin qu’il n’est pas humain, mais une réplique parfaite en métal, reproduisant ainsi les peurs qui nous assaillent – notre humanité faite de métal et d’engrenages, comme nous le rappelle l’écrivaine Susan Sontag.
Les robots sont aussi obsédés par l’idée d’être aussi humains que possible. Et cela, selon le cinéma, parce qu’ils veulent nous remplacer. Dans 2001, l’Odyssée de l’espace, on ne se souvient pas du nom des acteurs, mais bien de l’ordinateur HAL, qui assassine tous les astronautes dès qu’il se sent menacé. Aux fans de Star Trek, il faut rappeler que Data, l’androïde de l’équipage de l’Enterprise interprété par l’excellent Brent Spiner, a beau être fidèle aux humains, il lui arrive de péter les plombs et de dévoiler une face sombre irrésistible. Dans les films Terminator, le système Skynet acquiert une conscience et décide d’exterminer les humains lorsque ceux-ci tentent de le débrancher. Et dans le Robopocalypse de Spielberg... eh bien, il faut s’attendre à quelque chose de semblable.
Mais prenez-en note. Les robots peuvent devenir très malins, nous battre aux échecs et calculer si vite que nous avons l’impression, comme dit Bart Simpson, d’avoir été multipliés par zéro. Mais ils sont maladroits. Incroyablement maladroits. Si l’un de ces robots tueurs vient vous chercher, mettez-lui un escabeau en travers du chemin. La gamelle sera mémorable.